Le Grand Orgue Aristide Cavaillé-Coll
Eglise Notre-Dame de l'Assomption de Bagnères-de-Luchon

Classé Monument Historique


Histoire de l'instrument

Une page d'histoire :
Le sabotage

Le buffet Louis XIV
Aristide Cavaillé-Coll
Composition
L'Eglise
Les titulaires

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-  Dernière mise à jour 10 Novembre 2019   - 

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Histoire du Grand-Orgue Aristide Cavaillé-Coll
de l’église Notre-Dame de l’Assomption
de Bagnères-de-Luchon

- Aristide Cavaillé-Coll (1865)
- Restauration partielle par la Maison Danion-Gonzalez (1962)
- Restauration complète par Robert Chauvin (1990)

- Relevage par Charles Sarelot (2018)

Les visiteurs et les organistes de passage dans l’église de Luchon sont toujours surpris d’entendre
des sonorités romantiques sortir d’un buffet du XVIIIème siècle !

En voici la raison....

 

La commande du Conseil de Fabrique

Le 3 octobre 1869, lors de la réunion du Conseil de Fabrique, le Trésorier, Mr Mazens, " appelle
l'attention du Conseil sur le mauvais état où se trouve l'orgue de l'église et sur les besoins qu'il aurait d'être réparé.
(Il s'agit de l'orgue vendu en 1855 par Vincent Cavaillé-Coll.)
Mr Colomic
(Premier Ajoint au Maire) fait observer qu'il faudrait mieux en acheter un neuf
qui répondit aux besoins de l'époque, et fut en rapport avec l'importance de l'édifice.

Le projet d'achèvement de l'église et de reconstruction du clocher ne doit pas, d'après lui, empêcher l'achat de cet instrument;
car se serait se faire illusion que de croire ce projet réalisable dans un avenir peu éloigné.
Les revenus de la commune sont absorbés pour de longues années
et ne lui permettront pas de mettre la moindre subvention à la disposition de la Fabrique.
Dès lors cette dernière se trouverait réduite à ses seules ressources,
et dans l'impossibilité d'entreprendre un si grand travail.

Il n'y aurait que quelqu'événement imprévu, un don par exemple, qui put en faciliter l'éxécution.

Mais faut-il dans cette expectative se priver indéfiniment de l'acquisition d'un bel orgue,
lorsque celui qui existe ne peut plus fonctionner, et que toute la paroisse en réclame le changement ?
La probabilité de l'achèvement de l'église ne saurait y mettre obstacle attendu qu'il sera facile de l'enlever
au moment de la construction pour le replacer ensuite d'une manière définitive.

Le Conseil reconnaissant la justesse de ces observations, et considérant en outre que l'état de la caisse de la Fabrique
lui permet de consacrer une somme suffisante à cette acquisition, décide qu'on s'adressera pour cela
à la maison Aristide Cavaillé-Coll de Paris qui occupe le premier rang dans ce genre d'industrie,
se réservant de voter le chiffre de la dépense dès que les conditions seront connues et agréées."

 

 

Le 17 décembre 1869, Aristide Cavaillé-Coll adresse deux devis au Conseil de Fabrique.
Le premier pour un orgue de 10 jeux avec Bourdon de 16 pieds, à 2 claviers à mains de 54 notes et un pédalier de 20 notes en tirasse, pour 13.200 francs.
Le second pour un orgue de 10 jeux avec Bourdon de 16 pieds et Basson de 16 pieds, à 2 claviers à mains de 54 notes et un pédalier en tirasse de 20 notes,
complètement enfermé dans une grande boîte expressive servant de buffet, pour 11.000 francs.

 

Dessin sur papier calque du buffet
accompagnant le premier devis
du 17 décembre 1869

 

 

 

 

Dessin par L. Guignet et A. Lallié,
dessinateurs industriels,
Médaillés de bronze
à l'Exposition Générale de Bordeaux
de 1859.


La Fabrique juge ces deux instruments trop petits pour remplir la grande nef.

 


Le 25 janvier 1870 une seconde proposition est faite par Cavaillé-Coll
pour un orgue de 24 jeux, deux claviers manuels de 56 notes dont un expresssif et un pédalier indépendant de 30 notes.
La console serait indépendante pour permettre à l'organiste de voir directement l'autel.
Son prix serait de 30.000 francs auquel il faudrait ajouter celui du buffet dont le coût dépendrait du plan adopté.
Dans son courrier daté du 27 janvier, Cavaillé-Coll propose 3 plans de buffets qu'il note A, B et C.
Il précise que les plans B et C représentent un buffet dont l'exécution serait du prix de 10.000 francs
.
Le dessin A serait plus coûteux.

Le Conseil de Fabrique jugea la dépense de 40.000 francs trop importante par rapport à son budget .

 

 

 

Le 14 février 1870, Aristide Cavaillé-Coll adresse un troisième projet qui puisse satisfaire le Conseil.

Dans la lettre qui accompagne son devis et qui est adressée au trésorier de la Fabrique, Cavaillé-Coll écrit :


    " J'avais espéré que la Fabrique aurait pu consacrer la somme de 30.000 Fr à l'instrument et que le buffet (...)
    aurait été estimé en plus du prix de l'orgue
.
    Le projet de buffet que je vous ai envoyé aurait coûté environ 10.000 Fr en sus du prix de l'instrument.
    D'après les explications de votre lettre je vois, Monsieur, qu'il faudra réduire toutes choses, instrument et buffet,
    pour arriver dans les limites du prix proposé.

   Cela est regrettable, mais je vais néanmoins m'occuper du nouveau projet que vous me demandez.

   Si la Fabrique ne tient pas absolument à mettre son orgue d'accord avec le style architectural de l'église,
   je pourrais lui proposer une bonne affaire.

   J'ai en ce moment en magasin un ancien buffet style Louis XIV en vieux chêne sculpté dans lequel nous avons monté
  un orgue neuf de 30 registres à trois claviers et pédalier qui remplirait bien toutes les conditions de sonorité désirables.

   Cet orgue avec son buffet serait au prix de 35.000 Fr soit 30.000 Fr pour l'orgue et 5.000 Fr pour le buffet. (...)
   Il y aurait donc là une économie réelle pour la Fabrique et cet orgue étant tout prêt,
   la Fabrique pourrait l'avoir aussitôt qu'elle le voudrait. (...)"

Le devis précise en outre qu'au prix de l'orgue et du buffet il convient d'ajouter les frais d'emballage, de transport et de pose,
qui représentent 10% du prix de l'instrument, soit 3.500 Francs.

 


En présentant cette troisième proposition au Conseil de Fabrique, Mr Mazens, Trésorier, indique que :

" Cette proposition est vivement appuyée par une lettre de Mr Tron, maire de Luchon et député,
actuellement à Paris, qui a vu et entendu ledit instrument.
Le Conseil considérant que les offres de Mr Cavaillé-Coll sont avantageuses,
que la somme à payer ne dépasse pas les ressources de la Fabrique qui y pourvoira par un emprûnt remboursable
en peu d'années; considérant surtout que l'instrument proposé se trouve tout prêt,
et pourra être inauguré au commencement de la saison prochaine,
accepte la proposition et charge Mr Mazens, en sa qualité de Trésorier,
de traiter avec Mr Cavaillé-Coll sur les bases susmentionnées.
Il décide en outre qu'il sera fait une demande au Conseil municipal pour le prier de se charger
de la construction de la tribune destinée à recevoir l'instrument."

 


Les ateliers Cavaillé-Coll, Avenue du Maine à Paris.
A gauche la résidence de Cavaillé-Coll et
au fond le grand hangar
pour le montage des orgues.


 


Cette gravure représente la réception dans les ateliers Cavaillé-Coll,
de l’orgue construit pour John Turner Hopwood (1829-1900),
avocat, homme politique anglais, membre du parlement,
et passionné par la musique d'orgue.

La gravure a été publiée dans le magazine hebdomadaire
L'Illustration du samedi 12 mars 1870.

 



L’orgue représenté sur la droite est celui proposé par Cavaillé-Coll
dans son courrier du 17 février et qui a été auparavant
vu et entendu
par le député-maire Charles Tron.

 




A part la statue de l'ange,
tous les détails correspondent assez bien
si l'on tient compte que pour le dessinateur
le sujet était l'orgue de J.Hopwood.

 

Dans le courrier qu'il adresse à Cavaillé-Coll, lequel a entre-temps fait des efforts commerciaux pour obtenir le marché,
le Trésorier lui demande une nouvelle réduction de 500 Fr.

Dans sa lettre datée du 17 Mars 1870 qui accompagne le contrat, Cavaillé-Coll lui répond :


  
"Ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de le dire, Monsieur, par ma précédente lettre, j'ai fait à la Fabrique de Luchon
une première concession des frais d'emballage et de pose qui ne sont jamais en dessous de 10% du prix
de l'orgue, soit  3.500 Fr.

J'ai encore, sur la demande de Mr Ch. Tron et sur l'assurance qu'il m'a donnée que mon frère (avec lequel
la fabrique avait traité de l'ancien orgue) avait promis de le reprendre en compte lors d'une nouvelle acquisition,
donné une preuve de bonne volonté et de désintéressement en consentant à reprendre cet orgue pour 2.500 Fr.

Je crois donc avoir fait toutes les concessions possibles et c'est en toute sincérité que je profite de la liberté que
vous voulez bien me laisser, Monsieur, de refuser ou d'accepter la nouvelle réduction de 500 Fr que la Fabrique
a cru pouvoir me demander.
Je puis vous assurer, Monsieur, que la reprise de l'ancien orgue est pour moi une charge à laquelle
je ne m'attendais pas et, si la Fabrique trouvait à se défaire de cet orgue d'ici à l'époque où le nouvel instrument
sera placé, je consens volontiers à lui abandonner non seulement tout le bénéfice qu'elle en pourait retirer au dessus
de 2.500 Fr mais encore à lui accorder la réduction des 500 Fr que vous m'avez demandée".

 

Le Trésorier de la fabrique se range à ces arguments et signe à son tour le contrat le 20 mars.

 



 

 

Le 24 mars 1870, dans sa délibération, le Conseil municipal accepte de prendre à sa charge la construction
de la tribune destinée à recevoir l'orgue, suivant les plans et le devis de 2.143,05 francs
présentés par J.-B. Castex, architecte de la Ville.
(Cette tribune sera démolie dans les années 1890, lors des travaux de construction de).

Le buffet et toute la partie instrumentale de l'orgue sont démontés et placés dans des caisses.
Celles-ci sont acheminées à Luchon par le chemin de fer Orléans-Midi en trois envois :
huit caisses le 6 avril, cinq caisses le 16 et neuf grandes caisses le 28.

Monsieur Dussourd, ouvrier de la Maison Cavaillé-Coll, arrive à Luchon le 25 avril pour démonter le vieil orgue.
Le mercredin 4 mai, c'est M. Eugène Scellier, chef-ouvrier, qui arrive à Luchon
pour assurer la direction du montage de l'orgue et du buffet.
Le 8 juin arrive Charles Gigout (1839-1909), frère de l'organiste Eugène Gigout (1844-1925)
qui commence à harmoniser les différents jeux.
Enfin, une dizaine de jours après, arrive Gabriel Reinbourg, gendre de Vincent Cavaillé-Coll,
pour prendre la direction des travaux et finaliser l'harmonisation.

En 1867 Gabriel Reinbourg (1834-1891), avait épousé Berthe Cavaillé,
fille de Vincent Cavaillé-Coll.
Il fut un des harmonistes les plus fameux de la maison Cavaillé-Coll,
avec son frère Félix (1837-1897).

 

 

A la recherche du premier titulaire...


On peut lire dans le registre des délibérations du Conseil de Fabrique, à la date du 3 avril 1870 :

"Le Conseil de Fabrique considérant qu'un orgue de cette importance, pourvu d'un mécanisme perfectionné
et en rapport avec les exigences de l'art moderne, demande un artiste habile qui sache en faire valoir
toutes les ressources, décide que la place d'organiste sera donné au concours et que les appointements fixes
seront portés à 1.000 francs et le casuel garanti à 200 francs.
Il sera en outre fait appel à la Ville pour augmenter cette somme d'une subvention municipale."

Extrait de La Semaine Catholique de Toulouse du Dimanche 22 mai 1870 :

" La Fabrique de Bagnères-de-Luchon ayant fait l'acquisition d'un orgue de 32 jeux, à 3 claviers à main et un pédalier,
sortant des ateliers de la maison A. Cavaillé-Coll de Paris,
désirerait trouver un bon organiste capable d'en faire ressortir toute l'importance.

Dans ce but un concours sera ouvert à Toulouse le jeudi 2 juin prochain, à midi précis, dans l'église métropolitaine.
La commission du jury sera composée de MM. Leybach organiste de la Métropole,
Massis organiste de Saint-Sernin, Becquié organiste de Saint-Jérôme et Kunc organiste du Gesu.
Les candidats peuvent se faire inscrire tous les jours, de midi à une heure, chez Leybach rue Saint-Etienne
qui leur fera connaître du concours de l'admission.

Le traitement de l'organiste sera de 1500 francs assurés par le Conseil de fabrique et la ville, et sa position pourra devenir
plus avantageuse par les ressources que lui offriront les habitants et les étrangers pendant la saison thermale."

 

3 juillet 1870, registre des délibérations du Conseil de Fabrique :

"Mr le Curé rend compte au Conseil du concours pour la place d'organiste, qui a eu lieu le 2 juin dernier
à la métropole de Toulouse, et auquel il assistait avec Mr Mazens.
Le jury était composé de quatre orgnistes, savoir : Mr Leybach organiste de la métropole, Président;
Mr Massis de Saint-Sernin; Mr Bacquié de Saint-Jérôme et Mr Aloys Kunc du Jésus.

Sur 4 concurrents le choix s'est porté sur M. Louis Mourlan, de Toulouse, qui a obtenu le n°1.

En conséquence de ce résultat, le Conseil de Fabrique nomme Mr Mourlan à la place d'organiste
de l'église de Bagnères-de-Luchon et charge Mr le Curé de lui notifier sa nommination.
Le Conseil vote en outre la somme de 250 francs pour honoraires dus aux quatre membres du jury,
savoir : 100 francs à Mr Leybach et 50 francs à chacun des trois autres."

 

 

L'inauguration de l'orgue le Samedi 30 Juillet 1870
et sa réception le Lundi 1er Août.

"Monsieur Mazens, Trésorier, fait un rapport duquel il résulte que le 30 juillet dernier,
à 8 heures du soir, a eu lieu à l'église paroissiale la séance solennelle d'inauguration de l'orgue,

en présence d'une nombreuse assistance d'étrangers et d'habitants de Luchon.
Mr Leybach, organiste de la métropole de Toulouse, appelé pour en opérer la réception, a rempli son mandat
de la manière la plus consciencieuse et la plus distinguée. Il a montré dans cette séance tous les effets que peut
produire un instrument d'une grande puissance et d'une rare perfection sous les doigts d'un artiste de premier mérite ;
et le surlendemain 1er Août il a procédé à la vérification des travaux dans toutes leurs parties.
Son procès-verbal ci-annexé conclut à l'admission avec les plus grands éloges.

La rétribution payée à l'entrée de l'église et la quête du lendemain Dimanche ont produit la somme de 440,85 francs.

Par contre plusieurs dépenses imprévues nécessitées par les circonstances restent à régulariser.
Ce sont : 180 francs payés aux ouvriers de Mr Cavaillé-Coll, à titre de gratification,
et 400 francs payés à Mr Lebach pour indemnités de déplacement et honoraires.
Le Conseil vote ces deux sommes.

Mr le Trésorier donne en outre lecture d'une lettre de Mr Cavaillé-Coll qui se plaint de ce que les matériaux
de l'ancien orgue repris par lui pour la somme de 2.500 francs, sont bien loin de valoir ce chiffre.
Il les estime à peine à 500 francs, ce qui représente pour lui une perte réelle de 2.000 francs.
Il espère donc que le Conseil prendra en considération une différence aussi grande entre la valeur réelle et la valeur supposée,
et ne voudra pas qu'elle soit supportée par lui seul.

Le Conseil reconnaissant que la démolition de l'ancien orgue n'a produit, en effet, que des débris de boiserie tombant de vétusté,
et quelques tuyaux en étain qui ne pourront être utilisés qu'en étant refondu; que l'estimation de 2.500 francs
avait été faite de bonne foi, et sans examen préalable de Mr Cavaillé-Coll;
que dès lors la Fabrique ne peut profiter d'une erreur aussi manifeste, et qu'il y a lieu d'indemniser le vendeur
d'une partie de sa perte alors surtout que son travail ne laisse rien à désirer;
décide qu'une bonification de 1.000 francs sera faite à Mr Cavaillé-Coll, et payée en deux annuités,
l'une de 500 francs le 31 août 1871, et l'autre de de 500 francs le 31 août 1872.
Mr le Trésorier est autorisé à accepter au nom de la Fabrique
les deux mandats tirés à cet effet par Mr Cavaillé.

De plus les fonds de l'emprûnt étant réalisés et disponibles, il est aussi autorisé à payer par anticipation
le solde de 10.000 francs qu'aux termes de la convention ne devaient être payés que le 30 octobre.

Ainsi se trouve définitivement réglé l'affaire de cet important achat.

Le Conseil vote en outre des remerciements et les éloges les plus mérités à Mr Cavaillé-Coll,
qui a doté l'église de Luchon d'une oeuvre d'art remarquable à tous les points de vue,
et digne de figurer au nombre de ses plus parfaites productions.
"

 

 


Procès-verbal de la réception du grand orgue
de l'église paroissiale de Bagnères-de-Luchon

Le 1er Août 1870 Mr Leybach, organiste de la Métropole de Toulouse, sur l'invitation de Mr le Curé,
s'est rendu à l'église de Luchon avec Messieurs les membres du Conseil de Fabrique,
Mr Mourlan, organiste titulaire, et Mr Castex, architecte de la Ville,
à l'effet de procéder à la vérification des travaux de l'orgue.

On a successivement comparé toutes les parties de l'orgue aux conditions indiquées dans le devis.

La soufflerie, cette partie si importante de l'orgue, composée de six grands réservoirs, munie de deux pompes
mises en action au moyen de deux pédales, alimente parfaitement toutes les parties de l'instrument.

Le mécanisme général de l'orgue, claviers à la main et au pédalier, les abrégés, les leviers en bois et en fer,
les pilotes tournants des registres et les pédales de combinaisons sont établis en beaux matériaux
et fonctionnent avec une merveilleuse perfection.

On a ensuite procédé à la vérification des différents jeux, en suivant l'ordre indiqué au devis,
et en faisant entendre toutes les notes de chaque registre.
Dans cet examen nous avons remarqué la plus parfaite homogénéité dans la mise en harmonie
et dans la bonne qualité des différents timbres propre à chaque jeu.
L'accord de tous les jeux de l'orgue dans leurs détails et dans leur ensemble
ne laisse absolument rien à désirer.

Le buffet sculpté en bois de chêne est d'un effet splendide
et donne à cet orgue un cachet tout particulier.

En résumé l'instrument se trouve sous tous les rapports dans l'état le plus satisfaisant,
et nous nous empressons d'adresser à Mr A. Cavaillé-Coll nos félicitations les plus sincères
pour l'exécution de ce travail aussi ingénieux qu'artistique.

Bagnères-de-Luchon, le 1er Août 1870.    Signé : J. Leybach

Ont aussi signé : M.M. Fourtic, Curé, H. Ferras, Président, J. Mazens, Trésorier, Gme Laffont, Fois Maurette,
Mérens aîné, L. Colomic, 1er Adjoint pour le Maire absent, membres de la Fabrique,

L. Mourlan, organiste de l'église de Luchon,
J.-B. Castex, architecte de la Ville.

 

 

 


Quelle est l'origine de l'orgue ?

Nous savons, par Cavaillé-Coll lui-même, que l’instrument installé à Luchon
était déjà construit et attendait preneur dans ses ateliers de l’Avenue du Maine, à Paris.

La partie instrumentale a été construite en 1865 et placée dans un buffet de récupération du XVIIIème siècle.

Cette originalité d'un instrument symphonique dans un buffet classique a suscité beaucoup de questions.

Quand cet instrument a-t-il été construit ? Pour qui ?
Pourquoi était-il à nouveau en vente fin 1869 dans les ateliers de l'Avenue du Maine ?
Pour tenter de répondre à ces questions, Jean Ferré, titulaire de l'instrument de 1959 à 1980, avait fait l'hypothèse suivante :

" En 1962, lors de la restauration, on s'est aperçu en démontant les faux sommiers,
que ceux-ci étaient doublés par collage de papier journal écrit en anglais.
Louis EUGENE-ROCHESSON qui effectuait le travail en sous-traitance pour Danion, et qui devait avoir à cette époque près de 70 ans,
se rappelait "qu'un Anglais original avait commandé un orgue à Cavaillé-Coll et, quelques années plus tard,
lui avait demandé de l'échanger contre un orgue à 4 claviers ".

Cette histoire d'un Anglais original est un peu étrange....
Peut-être Jean Ferré a-t-il confondu dans son souvenir les histoires qu'adorait raconter Louis Eugêne-Rochesson, (1897-1972),
tant sur ses séjours en Angleterre dans les années 1952/1954 que sur l'extravagant Baron Albert de l'Espée
qu'il avait dû un peu connaître, comme apprenti chez Mutin, avant 1914 ?

Aristide et Vincent Cavaillé-Coll se sont séparés "en affaires" entre 1850 et 1851,
Vincent gardant la clientèle du Sud de la France et du Nord de l'Espagne, mais les deux frères restant en contact.

Aristide s'entend avec Vincent pour que ce dernier propose le buffet Louis XIV aux Carmes d'Avignon (aujourd'hui Saint-Symphorien)
puis à Saint-Joseph de Marseille en 1867. Sans succès.
Aristide propose ensuite le buffet pour l'église Notre-Dame d'Epernay en Mai 1868. A nouveau sans succès.

Vincent Cavaillé-Coll s'était marié à Luchon en 1845 avec Louise Aspasie Nadau et y avait sans doute gardé des attaches.
Cela explique pourquoi c'est lui qui fournira en 1855, pour la somme de 5.000 francs, un orgue pour la nouvelle église,
comme nous l'apprend la délibération du Conseil de Fabrique du 6 janvier 1856.
Orgue modeste, peut-être d'occasion à l'époque, mais surtout mal entretenu puisque devenu inutilisable treize ans plus tard.

En 1869, c'est vers Aristide Cavaillé-Coll, au sommet de sa gloire, que se tourne le Conseil de Fabrique
qui a décidé de doter l'église d'un nouvel instrument.

 

 

Entretien et accords

Un contrat pour deux interventions par an, pour une durée de 10 ans
est signé avec les ateliers de Vincent Cavaillé-Coll le 1er janvier 1872.

 

 

Evolutions et Restaurations

En 1912, l’orgue fut nettoyé par la célèbre Maison Puget et il reçut à cette époque son premier ventilateur électrique.
Très peu de foyers à Luchon avaient l'électricité à cette époque.....et pour se rendre compte de cette "modernité"
rappelons que les orgues de Notre-Dame de Paris devront attendre 1924 pour recevoir leur ventilateur électrique !



Avant l'installation du ventilateur électrique
l'air était apporté au réservoir principal par la seule force physique.
Un homme se tenait debout sur le système alternatif,
au dos du grand buffet.
En pompant avec ses deux jambes, il actionnait deux soufflets
positionnés à droite et à gauche à l'intérieur du meuble.
Ce système, restauré en 1992, est fonctionnel.

L'ancien ventilateur électrique
qui servit de 1912 à 1962.

Jean-Baptiste Puget installa également 12 basses de Basson pour le récit.
Son fils, Maurice Puget, intervint à nouveau en 1935 et 1942 et modifia notamment des jeux du positif expressif.

Une première restauration, partielle, eut lieu en 1961-1963.
Elle fut initiée par Maurice Duruflé qui avait fréquenté Bagnères-de-Luchon dans les années 1950.
Les travaux devaient comporter deux tranches mais une seule fut réalisée.
Sur recommandation de Maurice Duruflé, la restauration fut confiée à la Maison Gonzalez dont le gérant était à l'époque Georges Danion.
Les travaux à Luchon furent exécutés en sous-traitance par le
Maître facteur d'orgue Louis Eugène-Rochesson,
assisté de Messieux Thiau et Schaller.

Une partie des désirs de Maurice Duruflé fut réalisée par Georges Danion qui fit une console neuve
et transforma le positif expressif en positif de dos normal, sans boîte, en enlevant les volets.
Cependant le facteur ne fit pas de boîte expressive pour le Récit, le sommier de Cavaillé-Coll étant par jeux alternés Bombarde et Grand-Orgue.
Danion effectua également quelques modifications dans la composition.


L'instrument restauré fut inauguré le mercredi 17 juillet 1963,
par Maurice Duruflé (1902-1986) et son épouse Marie-Madeleine Duruflé-Chevalier (1921-1999).

 

Programme de l'inauguration de 1963

 

 

(c) Collection particulière, 89770 Chailley

 

En 1978 des contacts furent pris avec le facteur d’orgues Bernard Chevrier pour établir un nouveau devis.
Le devis présenté le 4 février 1979 ne fut pas suivi d’effet.
Bernard Chevrier fut le premier facteur à penser rapprocher le grand buffet de celui du positif.
Le Père Philippe Bachet, qui deviendra titulaire de la cathédrale de Toulouse,
fut ensuite contacté mais s’opposa à un travail qui continuait à dénaturer l’orgue de Cavaillé-Coll.
C’est ainsi que le facteur Robert Chauvin, de Dax, fut contacté et proposa un devis en Mai 1985.

Il faudra cependant attendre 1990 pour qu’une seconde restauration complète soit effectuée par Robert Chauvin,
restauration ayant pour but de revenir à l'orgue Cavaillé-Coll d'origine, tout en réaménageant sa disposition.
Le grand buffet est alors avancé de 1 m 50 pour le rapprocher du positif, l'ensemble retrouvant une harmonie visuelle.

Le concert d'inauguration a été donné par Michel Bouvard, organiste, compositeur, professeur au Conservatoire
de Toulouse et concertiste international, le samedi 25 avril 1992.

 

 

Après plusieurs années de défaillances qui ne permettaient plus d'inviter des organistes concertistes,
la Mairie décide enfin du relevage de l'instrument en décembre 2016.
Les travaux sont confiés à la Manufacture Languedocienne de Grandes Orgues, sise à Lodève dans l'Hérault.
Cette manufacture a été créée en Janvier 1980 par Georges Danion (1922-2005) et son épouse Annick Gonzalez,
petite-fille du célèbre facteur Victor Gonzalez (1877-1956).
Depuis 1998, l'entreprise est gérée par le facteur Charles-Emmanuel Sarelot
qui y était entré en 1980 et qui en était le co-gérant depuis 1990.

Les travaux débutent à Luchon en mars 2017 par la dépose de tous les tuyaux intérieurs.
L'étanchéité des sommiers et des chappes est refaite en totalité, les postages sont tous remplacés,
ce qui nécessite le façonnage de plus de 80 mètres de tuyau de plomb, l'ensemble des boiseries est passée
à l'huile de lin, certains tuyaux abimés sont décabossés.
Mi-juin 2018 tout est remis en place et l'orgue peut être utilisé de façon officieuse, dans le cadre de tests.
La réception officielle de l'instrument a lieu en octobre 2018.

Premier volet du renouveau de l'orgue de Luchon, la cérémonie solennelle de bénédiction par l'Archevêque de Toulouse s'est déroulée le 4 Mai 2019.
Le second volet a été un Grand Concert organisé par l'AVOCaCoL, en partenariat avec la paroisse de Luchon,
concert donné par Michel et Yasuko Bouvard le 21 Juin 2019.

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Grâce à l'association Les Amis de l'Orgue de Luchon, créée en 2010,
( devenue l'AVOCaCoL , Association les Voix de l'Orgue Cavaillé-Coll de Luchon, en janvier 2019 )
l'orgue a été classé au titre des Monuments Historiques en Décembre 2012.


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Le Buffet de style Louis XIV

Cavaillé-Coll le considérait de Style Louis XIV ou Louis XV selon ses devis.
Le facteur Robert Chauvin, qui a restauré l'instrument en 1990, l'estimait de la seconde moitié du XVIIIème siècle.
L’organiste et musicologue Norbert Dufourcq l'a précisément daté de 1780 (*).
Il a donc été sculpté au début du règne de Louis XVI mais dans un style "ancien"  pour l'époque : le style Louis XIV ou Louis XV.

Nous ne connaissons pas l'origine de ce buffet Louis XIV, ni l'église dans lequel ils se trouvait.
Cavaillé-Coll l'a-t-il récupéré lors de l'installation d'un nouvel instrument dans un buffet neuf ?
Ce buffet a également pu être vendu comme Bien National au moment de la Révolution
puis passer de mains en mains pour être enfin racheté par Cavaillé-Coll.

Nous savons en revanche que ce buffet avait déjà été proposé sans succès par Vincent Cavaillé-Coll, le frère aîné d'Aristide,
pour les Carmes d'Avignon (aujourd'hui paroisse Saint-Symphorien) puis à Saint-Joseph de Marseille en 1867.

Aquarelle du buffet proposé à Saint-Joseph de Marseille
extrait du livre "L'Orgue dans la ville" de Jean-Robert Cain et Robert Martin.

Aristide l'avait ensuite proposé pour l'église Notre-Dame d' Epernay en Mai 1868.(**).
Mais le style de cette église et les moyens financiers très importants
dont disposait son Conseil de Fabrique ont conduit à la construction d'un nouveau buffet.

Cavaillé-Coll conservait donc son buffet Louis XIV dans ses ateliers de l'Avenue du Maine à Paris
où l'orgue était monté et pouvait donc être joué ou entendu.
C'est pourquoi il a pu le proposer fin 1869 au Conseil de Fabrique de l'église de Bagnères-de-Luchon
dont le budget ne permettait pas l'achat d'un orgue important auquel se serait ajouté la construction d'un buffet neuf.

 

 

 


Dessin du buffet de style Louis XIV
annexé au devis n°2 du 23 mai 1868
destiné à l'église d'Epernay.

 

Dessin aquarellé du buffet de style Louis XIV
par Vincent Cavaillé-Coll

Document provenant de
l'ancienne collection Boëllmann-Gigout, 89770 Chailley

 

Le buffet est divisé entre un grand corps et un positif.
Il présente un ensemble de 75 tuyaux de façade disposés sur des tourelles et des plates-faces.

 

Le grand corps comporte 45 tuyaux en façade répartis sur cinq tourelles et quatre plates-faces.

 


Des pots à feu ornent les sommets des tourelles extrêmes et de la centrale.
Les deux autres tourelles sont couronnées de statues d’anges musiciens.

 


L'ange à la viole de gambe.

L'ange à la trompette




Le buffet du Positif présente 35 tuyaux de façade répartis sur trois tourelles et deux plates-faces.


Pot de fleurs et pot-à-feu
au dessus du buffet.


Le soubassement du grand orgue est fait de panneaux moulurés
avec quelques frises de feuillage dans les parties supérieures.
Les culs-de-lampe des tourelles sont décorés de feuilles.

 

 

 

 

 

 

(*) Norbert Dufourcq, "Le livre de l'orgue français 1589-1789. Tome II : Le buffet", note page 249 (1969).
(** ) Jean-François Baudon, "Orgues en Champagne-Ardenne. Tome 3 : Marne" , (1993).
Nous remercions Mr Jean-François Baudon pour la copie complète du devis du 23 mai 1868.

 

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Partie instrumentale et Composition
du Grand-Orgue Aristide Cavaillé-Coll
de l’église Notre-Dame de l’Assomption
de Bagnères-de-Luchon

 

L'orgue de 1865 n'avait pas de Récit expressif, le clavier de Bombarde
partageant le même sommier que celui du Grand-Orgue.

C'était le Positif qui était expressif, tous les jeux pouvant être enfermés dans une boîte.
Lors de la restauration de 1962 cette expression fut retirée.
Lors de la restauration de 1990, qui renouait avec l'esprit de Cavaillé-Coll,
une certaine expression fut rendue au Positif par la création de jalousies
sur les parties hautes de son buffet.


Les jalousies du Positif expressif
( ici en position ouvertes)

 


Les tuyaux du Positif,
Le sommier est diatonique, les tuyaux sont disposés par tons.

Au premier plan : la Voix Humaine 8'
Derrière elle : le Hautbois 8' avec ses pavillons.

 

La console
refaite en 1962
claviers Cavaillé-Coll d'origine

 

 

Trois claviers de 54 notes.

De bas en haut :
Clavier du Positif
  Clavier du Grand-Orgue 
Clavier de Bombarde


Les pastilles des boutons des registres
sont en émail, le nom des jeux peint à la main.

 

 

 

Le pédalier de 30 notes
et les cuillères des accouplements et des tirasses.

 

Tout à gauche : la cuillère pour  " l'orage "
(Elle enfonce toutes les touches de la première octave du pédalier)

A droite : la grande cuillère de l'expression du Positif.

 

 


La très célèbre plaque apposée au dessus des claviers...
... et enviée par bien des instruments !

 

 

Dessin aquarellé et annoté par
August Neuburger (1820-1885)

Facteur d'orgues français d'origine allemande,
contremaître chez Cavaillé-Coll.

Ce dessin est la 31ème des 56 planches mises en recueil en 1896.
Les instruments représentés sont datés entre 1848 et 1868.

La date "1865" correspond à la construction
de la partie instrumentale.

" DE LA TRIBUNE "  a été barré lorsque l'instrument
a été vendu à Bagnères de Luchon. Pourquoi ?
L'article 2° du Marché signé entre la paroisse et Cavaillé-Coll
nous apprend qu'une tribune a été construite au printemps 1870
pour recevoir le nouvel instrument.

La tribune actuelle a été édifiée
lors de la construction de la nouvelle façade, entre 1890 et 1897.

Photo (c) BnF-Gallica


 

 

 

 

Grand- Orgue Aristide Cavaillé-Coll
de l'église Notre-Dame de l'Assomption de Bagnères-de-Luchon
Classé Monument Historique


Construit en 1865
Installé en 1870
29 jeux
24 jeux réels
3 claviers de 54 notes
pédalier de 30 notes

Positif
Principal
Bourdon
Viole de Gambe
Voix céleste
Dulciane
Flûte douce
Hautbois
Voix humaine
8'
8'
8'
8'
4'
4'
8'
8'
Grand-Orgue

Bourdon
Montre
Flûte Harmonique
Viole de Gambe
Prestant
Plein-Jeu
Basson
Clairon

16'
8'
8'
8'
4'
III-VI
8'
4'

Bombarde
Salicional
Unda Maris
Bourdon
Flûte octaviante
Octavin
Cornet
Basson
Trompette
8'
8'
8'
4'
2'
V
16'
8'

Pédale
30 notes
Tous les jeux sont empruntés
aux claviers manuels.

Soubasse
Flûte ouverte
Violoncelle
Basson
Trompette
16'
8'
8'
16'
8'
 
Accessoires
Expression du Positif
Tremblant
Accouplement Bombarde / Grand-Orgue
Accouplement Positif / Grand-Orgue
Accouplement Positif / Bombarde
Tirasse Grand-Orgue
Tirasse Positif
Orage

 


      

        Traction des claviers :  Mécanique, sans machine Barker.

        Traction des jeux : Mécanique.

        Sommiers : Gravures et registres en chêne.
                            Les deux sommiers sont diatoniques avec les aigus au centre.


        Soufflerie : Ventilateur électrique unique.
                            Grand réservoir primaire à plis et deux réservoirs secondaires.


 

Vue des tuyaux à l'intérieur du grand buffet.


Les claviers de Grand-Orgue et de Bombarde partagent le même sommier.
(Il n'y a pas de sommier de Pédale, ses jeux étant emprûntés au G.O.)
Le sommier est diatonique, les aigus étant au centre.


Pour une question de place et de difusion du son,
le Cornet V rangs du clavier de Bombarde
a été placé sur deux portants diatoniques

Chaque note du Cornet, composée de 5 tuyaux, est alimentée
par un postage (petit tube en plomb) venant du sommier.

 

Vue des tuyaux
à l'intérieur du grand buffet.

 

Au centre :
Un des portants diatoniques
du Cornet V du clavier de Bombarde
.

Sur la gauche :
Différents jeux d'anches.

Au fond :
Les tuyaux en bois de la Soubasse 16,
partagée par le pédalier et le clavier
de Grand-Orgue.

Sur la droite :
La Montre 8 du clavier de
Grand-Orgue en façade.


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